United Nations High Commissioner for Refugees
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Les blessures d’une fillette témoignent d’une fuite dantesque vers la sécurité

08 December 2016

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Par: Warda Aljawahiry, à Anvers, Belgique  

Plus d’un an s’est écoulé depuis que Rahel a quitté les côtes libyennes sur un bateau de passeurs à destination de l’Italie, avec sa fillette emmaillotée dans des linges pour protéger les graves brûlures provoquées par un accident quelques jours plus tôt.


Son bébé de 15 mois, ainsi que nombre des 70 autres réfugiés et migrants embarqués avec elle, ont été blessés par l’explosion d’une bouteille de gaz dans les cuisines du repère de passeurs où sa mère et elle se cachait en attendant de fuir vers l’Europe. Plusieurs personnes ont été tuées par l’explosion et l’incendie qui a suivi.

Rahel savait que si elles allaient à l’hôpital, elles seraient arrêtées par les autorités libyennes. Après quelques jours d’une attente angoissante, elles ont finalement pu embarquer.

Devant les photos de sa fille prises avec son téléphone après l’accident d’avril 2015, Rahel, une Érythréenne de 26 ans, éclate en sanglots.

« J’ai vu du feu, je me suis précipitée dehors et j’ai vu Dina qui était brûlée ici, et ici et encore ici, » dit-elle en montrant ses jambes, son visage et ses bras. Dina avait 80 % du corps brûlé au troisième degré, y compris le visage.

« J’ai vu du feu, je me suis précipitée dehors et j’ai vu Dina qui était brûlée. »

Azoz, 28 ans, partenaire de Rahel et originaire du même pays de la Corne de l’Afrique, est visiblement bouleversé en regardant ces photos pour la première fois depuis l’accident.

Les garde-côtes italiens ont intercepté le bateau qui transportait Rahel et Dina aux alentours de minuit, le 17 avril 2015, et ont acheminé les réfugiés vers l’île de Lampedusa. Il y avait à bord beaucoup d’autres personnes gravement brûlées dans l’explosion de gaz.

Au moment de l’accident, Rahel était dans la maison et Dina à l’extérieur, là où on faisait la cuisine. « J’ai vu du feu, » se rappelle Rahel. « Je me suis précipitée dehors et j’ai vu Dina qui était brûlée ici, et ici et encore ici, » ajoute-t-elle en montrant ses jambes, son visage et ses bras.

« Le jour où je suis arrivée en Italie, je croyais devenir folle. Lorsque l’Italien [garde-côtes] nous a récupérées, j’étais heureuse. Je me suis dit : « C’est fini, on y est arrivé. » Mais je m’inquiétais pour ma fille : Est-ce qu’elle va mourir ou s’en sortir ? Je ne pensais qu’à elle. »

Les brûlures de Dina ont été immédiatement traitées en Italie et des soins de suivi lui ont été prodigués en Belgique. Les cicatrices au visage ont disparu, celles sur les jambes et les bras s’estompent progressivement et finiront par guérir d’après les médecins.

Azoz se rappelle du jour de la naissance de Dina au Soudan, en décembre 2013, comme d’une journée de bonheur. Le couple avait quitté l’Érythrée pour le Soudan dans l’espoir de rejoindre l’Europe. Azoz a laissé Rahel et leur petite derrière lui, car il espérait passer en Europe d’abord et tout installer avant leur arrivée.

Des passeurs les ont conduits en voiture jusqu’en Libye. N’ayant pu obtenir un permis d’entrée au Royaume-Uni où vit sa sœur, il a demandé asile en Belgique où il a un cousin. La famille y a maintenant obtenu le statut de réfugiés.

Ils vivent dans un studio au rez-de-chaussée, dans un quartier traditionnel d’Anvers où Dina, qui a maintenant presque trois ans, va à la garderie. Ses parents ont une heure de transport à faire pour suivre les cours d’une école de langue dans une autre partie de la ville.

Comme il est en Belgique depuis plus longtemps, Azoz parle mieux le néerlandais, mais Rahel en sait assez pour suivre les nouvelles à la télévision.

Azoz va généralement chercher Dina à la garderie et consacre beaucoup de son temps libre à jouer avec elle et à l’amener promener au parc. Quand on l’a appelé d’Italie, il a craint de ne plus jamais la revoir. « Je ne pensais pas que Dina survivrait. Mais quand je l’ai vue ici, en Belgique, j’ai été tellement, tellement heureux. »

Les souvenirs de leurs origines ne sont jamais loin. Ils jouent de la musique africaine en cuisinant les repas traditionnels de leur pays tandis que l’arôme des grains de café qui grillent avec des épices embaume tout l’appartement.

Rahel qui prépare le café dans une casserole en terre sursaute à l’allumage du feu de sa cuisinière. « Je continue de voir les visages de ceux qui sont morts et ça m’empêche de dormir, » confie-t-elle.

Trois des personnes blessées dans l’incendie sont mortes après leur arrivée en Italie. Rahel se rappelle en avoir vu huit autres, mortes sur le coup en Libye. Une femme gravement brûlée s’est suicidée quelques mois après son arrivée aux Pays-Bas, ajoute-t-elle.

« Je continue de voir les visages de ceux qui sont morts et ça m’empêche de dormir. »

Les cicatrices de Dina sont un rappel constant du second souffle de vie qui a été accordé à sa fille. « Je veux que Dina termine ses études, je veux qu’elle soit en bonne santé pour le reste de ses jours, je veux qu’elle soit heureuse. »

La fillette semble déjà avoir trouvé ses marques en Belgique. Elle s’est fait des amis à la garderie et leur parle en néerlandais sans la moindre hésitation.

Ses parents ont plus de mal à s’intégrer. Outre le climat humide, le couple trouve que la vie en Belgique a ses difficultés. La moitié de l’aide financière qu’ils reçoivent des pouvoirs publics est absorbée par le loyer, le reste par les dépenses quotidiennes et les coûts de transport.

Malgré tout, Rahel et Azoz essaient de voir les choses du bon côté. Ils ne sont pas encore mariés et espèrent le faire dès qu’ils en auront les moyens. Ils s’attachent à apprendre la langue pour trouver un emploi. Rahel dit n’avoir aucune préférence, tandis qu’Azoz a un entretien prévu pour un emploi de plâtrier.

« Quand on ne travaille pas, on n’a rien, » dit Rahel. « Quand on ne travaille pas, on ne se sent pas normal. On reste à la maison à broyer du noir. On devient fou. » “

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