United Nations High Commissioner for Refugees
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Les apatrides parlent

 

L’histoire d’Anil

 «  Je suis ma propre famille »

Anil* a fui le Bhoutan à l’âge de 5 ans.  Aujourd’hui âgé de 27 ans, il vit désormais en Belgique.  Sociable, il aime être entouré mais se sent seul. « Je suis ma propre famille », explique-t-il.  Plusieurs de ses relations amoureuses se sont terminées faute de perspectives de fonder une famille.

Appartenant à la minorité népalaise, Anil n’a que cinq ans lorsque le conflit ethnique éclate au Bhoutan.  La population du Sud du Bhoutan parlant le népalais devra fuir.  Le père d’Anil décèdera pendant les conflits alors que sa mère sera assassinée.  L’oncle d’Anil l’emmènera dans sa fuite vers le Népal, où il trouvera un emploi et le scolarisera.  En raison de son statut de réfugié, rencontrera les moqueries de ses camarades de classe, mais il travaillera dur afin de figurer parmi les meilleurs élèves. 

A l’âge de 12 ans, le décès de son oncle le forcera à quitter l’école pour subvenir à ses besoins en faisant la vaisselle dans les restaurants et les cafés. 

 «  J’étudiais beaucoup après le travail, et à l’âge de 17 ans je parlais plusieurs langues, ce qui m’a permis de travailler comme guide touristique. »

Comprenant  qu’il ne pourra jamais trouver de travail ni se marier sans papiers d’identité, il se procurera de faux papiers et fuira vers la Belgique en y demandant l’asile.  Il sera alors transféré dans un centre d’accueil et ensuite dans un centre pour sans-abri.   Là-bas, son moral baissait de jour en jour et il comprit que la Belgique ne lui donnerait pas la vie normale qu’il avait espérée.  Sur ses cinq années passées en Belgique, il sera interné pendant deux ans dans des hôpitaux psychiatriques pour dépression.

Les doutes qui pèsent sur la nationalité d’Anil sont responsables du refus de son statut de réfugié en Belgique.  Son avocat, tentant de clarifier sa nationalité avec les ambassades du Népal et du Bhoutan, sera dans l’impasse : l’ambassade  népalaise le considère comme bhoutanais et l’ambassade du Bhoutan refuse de prendre sa demande en considération.

« Je trouve qu’il est difficile de comprendre la complexité du système légal belge. Je ne suis pas vraiment sûr  d’avoir demandé  à être reconnu comme apatride ou à être régularisé. J’ignore même où j’en suis dans la procédure. »   

Estimant que ça le rendrait encore plus malheureux, le jeune homme ne souhaite pas en savoir plus sur la procédure en cours.  Sa seule certitude est  que son avocat et son assistant social s’occupent de son dossier et essayent d’apporter les preuves de sa nationalité.

La crainte d’être arrêté par les autorités et de se retrouver à nouveau sans abri fait qu’il évite aujourd’hui de se rendre en ville ou de prendre le train.  Anil a déjà été arrêté trois fois et libéré seulement au bout de 2-3 heures, le temps que le centre d’accueil appelle la police. 

Lorsqu’il se sent trop déprimé, Anil se rend dans les magasins pour s’offrir quelque chose avec ses sept euro d’argent de poche par semaine.  Il s’enverra alors ses achats par la poste dans une grande boite pour connaitre le bonheur d’être appelé au centre d’accueil pour réceptionner son paquet. 

Anil rêve de pouvoir retourner dans l’un des deux pays qui l’ont vu grandir, le Népal ou le Bhoutan.  Mais sans papiers d’identité, c’est impossible.  Il a le sentiment de ne pas avoir d’avenir.

*  Nom d’emprunt

 

L’histoire de Berzan, un réfugié de Syrie

 

Dans le Nord de la Syrie, les Kurdes sont apatrides.  Berzan* a grandi dans cette région et raconte :

 « Comme tous les Kurdes, nous appartenons au quart-monde économique et nous sommes pauvres. Puisqu’en Syrie, une grande partie de l’économie est contrôlée par le gouvernement, un Kurde ne peut pas trouver de travail dans le secteur publique, sans donner un pot-de-vin à un fonctionnaire. »

Sans emploi jusqu’au départ de sa famille pour Damas à la fin des années 90, il trouvera un emploi sans qualifications grâce à l’aide d’un de ses amis.  Travaillant également comme journaliste volontaire pour les médias kurdes, il commencera à écrire, en étant rémunéré, auprès de plusieurs médias arabes, quelques années plus tard.  Mais critiquant fortement le régime dans ses articles, son principal employeur finira par le licencier.

Il continuera à écrire pour d’autres journaux et vivra de manière modeste avec sa famille.  Développant des contacts avec des intellectuels de différentes origines, il deviendra quelqu’un de connu et  sera interrogé à plusieurs reprises par différents services secrets.  Ces derniers feront une descente à son domicile, ce qui le forcera à se cacher pendant plusieurs années.

La famille de Berzan appartient à un groupe de 150,000 Kurdes ayant perdu leur citoyenneté après le recensement de 1962 en Syrie.  Né apatride, sa situation le forcera finalement à fuir son pays.  Avant son départ, il se mariera religieusement mais ne pourra officialiser celui-ci.  Ses enfants ne seront pas non plus reconnus. 

Un réseau d’amis Kurdes l’aidera à fuir la Syrie en passant par la Turquie.  Intercepté par la police en Grèce il sera renvoyé en Turquie où il recevra le statut de réfugié auprès du HCR.  Les autorités turques lui ont rendu la vie dure en bloquant sa relocalisation dans un autre pays.  Il décidera donc de partir vers la Belgique en camion.  Le voyage dura une semaine. 

Dès son arrivée en Belgique il demandera l’asile.  Il trouvera la vie dans un centre d’accueil difficile en raison de ses problèmes de vue et de l’aide reçue, jugée insuffisante.  L’absence d’accès à internet et l’interdiction d’utiliser son ordinateur portable au centre l’empêchent, par ailleurs, de travailler.

Ses ambitions sont assez modestes : Il veut écrire, communiquer avec sa famille, apprendre le néerlandais et obtenir un statut.

«  N’importe quelle nationalité suffira, même la nationalité somalienne », nous confie Berzan.  

Il rêve de la démocratie en Syrie,  espérant que les droits humains kurdes seront reconnus un jour afin de pourvoir retourner chez lui et respirer librement : «  La liberté est mon oxygène ».

Depuis l’interview, il a été reconnu comme réfugié et sa femme a reçu l’autorisation de le rejoindre en Belgique.

* Nom d’emprunt

 

L’histoire de Gabir, nationalité inconnue

 

Né en Iran d’un père Iraquien kurde et d’une mère iranienne, Gabir * n’a jamais su quelle était sa nationalité. Il a grandi dans le Nord-Ouest de l’Iran avec ses parents, ses frères et ses sœurs.  « A l’exception de ma mère iranienne, tout le monde dans ma famille était considéré comme réfugié iraquien. », nous confie-t-il.

A ses 18 ans, son statut de réfugié est officialisé par l’obtention d’une carte verte, une pièce d’identité pour les réfugiés en Iran. Ces derniers font l’objet de discriminations et leur liberté de mouvement est limitée. 

A la fin des années 1990, il sera convoqué par les autorités iraniennes  sous prétexte qu’il travaillait dans l’économie grise.   « Ils voulaient que j’espionne les autres Kurdes contre de l’argent. Lorsque j’ai refusé, j’ai perdu mon travail. »

A 21 ans, sans revenus et sans accès aux études, Gabir décida de quitter l’Iran pour l’Irak afin d’échapper à la discrimination et aux pressions quotidiennes.  Assisté par l’UNHCR, il reçu une carte d’identité iraquienne et s’est inscrit à l’université.

Mais malgré sa carte d’identité et le certificat de naissance de son père, les autorités refuseront de lui accorder la nationalité iraquienne l’informant que sa carte d’identité iraquienne est uniquement un document temporaire.

« Du coup, j’étais de nouveau un étranger, et je subissais les mêmes discriminations qu’avant ».

Pendant qu’il poursuivait ses études en Irak, une nouvelle loi est entrée en vigueur en Iran : les femmes iraniennes mariées à des étrangers peuvent désormais transmettre leur nationalité à leurs enfants mineurs. Le statut de ses frères et sœurs régularisés, Gabir retourna en Iran en 2001 dans le même objectif.  Interrogé au bureau de la sécurité et des informations, il partage sa volonté de faire son service militaire en Iran, obligatoire depuis qu’il a 18 ans.

Mais lorsque les autorités iraniennes lui proposent à nouveau de travailler pour leur service de renseignements,  Gabir* refusera et commencera à travailler et à mettre de l’argent de côté pour partir en Europe.

Arrivé en Belgique, il demandera l’asile. «  Lorsqu’ils m’ont demandé de quelle nationalité j’étais, j’avais honte et je ne savais pas quoi répondre », nous confie-t-il.  Il présentera les copies de sa carte de réfugié iranien, de son certificat de naissance, de sa carte d’identité iraquienne et de sa carte d’étudiant.  S’ensuivra de cette interview une détention de neuf mois avant qu’il soit placé en centre d’accueil ouvert.  

Finalement, la demande d’asile de Gabir a été rejetée car même s’il ne pouvait pas rentrer en Iran en raison de ses problèmes avec les autorités, sa carte d’identité irakienne lui permettait de retourner en Irak. 

Dès son retour en Irak,  l’ambassade refusera d’accéder à sa demande pour obtenir des documents de voyage en raison de sa citoyenneté iranienne.  « J’ignorais où je devais aller », confie Gabir.  Il se rendra alors à l’office des étrangers et recevra l’ordre de quitter le territoire une semaine après.

Suite à l’implication des organisations internationales, l’UNHCR de Bagdad découvrira que les dossiers de Gabir avaient été effacés du registre de la population irakienne. Or sans documents d’identité ou de documents de voyage, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ne pouvait l’inclure dans les retours volontaires.

Désespéré, Gabir fera une demande pour être reconnu apatride.  En couple avec un enfant, Gabir vit aujourd’hui en Belgique.  Sans papiers d’identité, il ne peut reconnaitre son enfant et ne peut se marier, ce qui résoudrait, pourtant, son problème. 

* Nom d’emprunt.

 

L’histoire de Sergey, de l’Union Soviétique

Né au milieu du siècle dernier dans un pays qui s’appelle désormais le Belarus, Sergey* a fui l’Union soviétique après avoir participé à l’une des premières grèves au sein de l’Union. 

«  Ma famille n’était pas communiste et avait toujours des problèmes », explique-t-il. 

Il sera mobilisé comme réserviste dans la région de Tchernobyl, contaminée par le nucléaire. Percevant cette décision comme une punition, il fuira en Ukraine mais les autorités ukrainiennes le renvoyèrent également à Tchernobyl.  Sergey partira alors en Pologne avec un faux passeport et y séjournera toujours à la chute de l’Union soviétique.

Aujourd’hui, la légalité de l’Union soviétique continue de hanter Sergey.  Après la chute de l’Union, il n’a pas pu accéder à la citoyenneté Belarus car il ne disposait pas d’un titre de séjour permanent sur le territoire.

Il se mariera à une Ghanéenne et partira aux Pays-Bas, mais les autorités néerlandaises lui diront que, faute de procédure, ils ne peuvent le reconnaitre comme apatride.

Sergey et sa femme partiront alors en Belgique et vécurent avec des amis ainsi que dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile. Sans succès, il demandera à trois reprises l’asile.

 « Lorsque j’ai finalement pris connaissance de la procédure belge relative à l’apatridie, j’ai été reconnu comme apatride deux ans après avoir introduit ma demande. »   Malgré son statut d’apatride, sa régularisation sera refusée : « Ma régularisation refusée, les autorités belges m’ont demandé de retourner au Belarus. » C’est avec l’aide du HCR que cette décision a été annulée. Cependant, il recevra un permis de séjour qui devra être renouvelé tous les ans.

Sergey travaille maintenant comme conducteur de camion. Il se plaint de devoir rester en Belgique avec un permis de séjour temporaire qui ne lui permet pas de voyager. Il aimerait particulièrement voir sa famille au Belarus.

Sa fille est également née apatride. Sergey aimerait qu’elle soit reconnue comme citoyenne belge, mais les autorités belges refusent car elle peut obtenir celle de sa mère en en faisant la demande à l’ambassade.  

Sergey aspire à une vie stable, idéalement en Belgique. «  Je suis traité comme un ennemi, mais quel crime ai-je commis ? » se questionne-t-il.  Il pense que les apatrides sont ignorés et négligés et qu’ils devraient bénéficier de la même aide que les réfugiés.

* Nom d’emprunt.

 

L’histoire de Tamanna, en Belgique sans papiers d’identité


D’origine indienne mais de nationalité kenyane, Tamanna est mariée à un indien.  Ils fuiront le Kenya parce que les Indiens y sont souvent la cible d’harcèlements.   A leur arrivée en Belgique, Tamanna a demandé l’asile mais sa demande a été rejetée.

Jeune trentenaire, elle est aujourd’hui mère de deux enfants, tous deux nés en Belgique.  Ne pouvant leur transmettre la nationalité kenyane, elle ignorait qu’elle devait se rendre à l’ambassade pour qu’ils obtiennent la nationalité de leur père.

« En raison de notre absence de statut en Belgique et de la diminution de nos revenus, notre famille souhaitait retourner au Kenya. Mais lorsque je me suis présentée à l’ambassade indienne pour obtenir les papiers d’identité de mon fils, ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me les donner étant donné que l’enfant vivait illégalement en Belgique. »

A l’époque, la maladie de son fils a compliqué leurs conditions de vie car l’aide sociale belge ne prenait en charge que les rendez-vous chez le médecin.  La difficulté de payer les médicaments s’est aggravée lorsque l’état de santé de son fils a empiré : Tamanna ne pouvait pas travailler tant qu’elle s’occupait de son enfant.

Quelques années plus tard, Tamanna donnera naissance à une fille mais ne la présentera pas à l’ambassade en raison de son expérience précédente.  Elle demandera de l’aide auprès des autorités belges pour lui permettre de rentrer au Kenya, sans succès.

L’instabilité de la situation inquiètera Tamanaa : parfois l’Ambassade lui communiquait que sa demande était en cours, ensuite que celle-ci était rejetée, mais elle n’obtient jamais de réponse écrite.    Selon elle, l’ambassade refusa de donner la nationalité indienne à ses enfants en raison de l’illégalité de leur statut en Belgique.

De leur côté, les autorités belges peinent à croire le manque de coopération de l’ambassade indienne, ne voyant aucunes circonstances exceptionnelles empêchant ses enfants d’obtenir la nationalité indienne. «  Si cela n’est pas exceptionnel, alors de quoi s’agit-il ? » se questionne Tamanna.

En 2009, Tamanna obtiendra un permis de séjour de cinq ans et verra sa situation s’améliorer mais elle ne parviendra toujours pas à faire reconnaitre la nationalité de ses enfants.  Elle abandonnera finalement ses tentatives auprès de l’ambassade indienne en Belgique et se rendra en Inde pour s’adresser aux autorités à New Delhi, sans succès.

Trop jeunes pour se rendre compte de leur situation difficile, Tamanna nous explique que ses enfants se pensent belges : ils parlent néerlandais et vont à l’école. Mais les parents s’inquiètent de voir que leurs enfants grandissent sans statut.

 «  Ils sont apatrides, et vous avez besoin d’une nationalité pour beaucoup de choses dans la vie ». Elle poursuit : « Nous avons besoin d’une certaine stabilité. Si vous savez quel est votre statut, vous pouvez avancer, vous connaissez votre destinée. »

Depuis l’interview, Tamanna est finalement parvenue à obtenir la citoyenneté indienne pour ses deux enfants.

*Nom d’emprunt.








 

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